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14/12/2005
Militantisme électronique, par Patrick Jarreau
Je suis retombé sur cet article de Patrick Jarreau, qui m'avait bien interpellé.
Qu'en pensez-vous?
Les adhérents de l'UMP sont donc invités à participer à un "congrès virtuel" pour modifier les statuts de leur parti. C'est la dernière innovation de Nicolas Sarkozy à l'heure où nous mettons sous presse. Le ministre de l'intérieur, président de l'UMP, a trouvé ce moyen de faire des économies, en évitant les dépenses qu'entraîneraient des assises dans un palais des congrès ou un hall d'exposition, avec tribune, sonorisation, service d'ordre, restauration et frais de déplacement des délégués. Le vote par Internet lui permet aussi de priver ses adversaires ou concurrents éventuels d'un podium où prononcer des discours à l'usage des militants et des médias.
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Reste la question du militantisme électronique. Qui est aussi celle du militantisme tout court. Les partis démocratiques se sont formés au début du XXe siècle en Europe et en Amérique. Leurs modes de fonctionnement ont été fixés, au moins pour ce qui est des principes, il y a parfois un siècle. Pour une large part, c'est le modèle de gauche qui s'est imposé, peu à peu, aux dépens des comités d'élus de la droite conservatrice ou modérée et du monolithisme dictatorial des formations totalitaires. Les gaullistes, qui se sont toujours présentés comme un "rassemblement", refusant le terme même de parti, ont fini par adopter, dans les années 1990, le droit de tendance, jusque-là propre aux socialistes, puis l'élection du président de leur parti par les militants. Voilà maintenant que l'UMP envisage de leur confier aussi la désignation de son candidat à la tête de l'Etat.
La clé de ces évolutions est simple. Les candidats ont besoin de militants pour se faire élire. Quelle part de pouvoir sont-ils prêts à leur concéder en échange du temps passé à faire campagne, à convaincre, à distribuer des tracts, voire à coller des affiches là et quand cela est permis ? Pour susciter adhésions et engagements, il ne suffit plus de faire des promesses ou d'incarner avec talent un idéal commun. Les militants veulent avoir leur mot à dire. Ils veulent que leurs préoccupations soient prises en compte. Le désenchantement par rapport aux responsables politiques oblige ceux-ci à reconquérir la confiance de leurs partisans en les écoutant davantage ou en leur donnant le sentiment qu'ils participent plus qu'auparavant à la définition des programmes et aux choix des personnes. Sinon, le risque est que les partis ne soient plus que des groupements d'élus entourés d'aspirants à l'élection, selon une formule appliquée autrefois au PS. Voire des féodalités réunissant des clientèles autour de potentats locaux, ce qui serait plus proche de la réalité d'aujourd'hui dans les formations de gauche et de droite.
Heureusement, la compétition entre les dirigeants les amène à rechercher de nouvelles recrues, pour se renforcer les uns au détriment des autres.Nicolas Sarkozy ne se donnerait pas tant de mal pour augmenter le nombre de membres de l'UMP s'il n'avait pas besoin d'assurer sa position contre des adversaires actuels ou probables. Au PS, face aux chefs de courant, François Hollande fait appel aux militants en se présentant comme leur élu - ce qu'il est - ou en organisant un référendum, ce qu'il a fait pour trancher, en décembre 2004, le débat sur la Constitution européenne.
L'interactivité que permet Internet offre de nouveaux moyens pour associer les militants à la vie de leur parti. Aux Etats-Unis, à la fin de 2003, les primaires pour la désignation du candidat démocrate à la présidence ont vu surgir un candidat issu de l'Internet. Howard Dean, ancien gouverneur du Vermont, a surpris tout le monde en arrivant en tête des sondages grâce à la mobilisation des "vrais" démocrates, désireux de se réapproprier leur parti après avoir subi le recentrage qui avait permis à Bill Clinton d'être élu deux fois à la Maison Blanche. Ce qu'on a appelé l'"insurrection" de la gauche démocrate s'est exprimé à travers les réseaux électroniques, pourvoyeurs d'idées, de convivialité et de dons aux caisses de campagne. Cependant, la vague Dean s'est brisée sur les scrutins réels, quand les électeurs démocrates ont été appelés à départager les candidats à la candidature. Il est apparu alors que l'Internet avait soudé autour de Howard Dean un militantisme très motivé et très actif, mais qui contribuait à l'éloigner des aspirations de la majorité des électeurs indépendants et d'une bonne partie des électeurs démocrates.
Le militantisme traditionnel, celui des congrès, des réunions de section et des préaux d'école, ne suffit plus à attirer de nouvelles recrues vers l'engagement actif. Pour franchir la frontière qui sépare le monde politique des simples citoyens, les partis cherchent de nouvelles formes de communication. L'Internet en est sûrement une, mais c'est un instrument qui peut favoriser la constitution de réseaux fermés plutôt que l'échange avec la société réelle.
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Commentaires
Interesting website, good themes,
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Ecrit par : Silberschmuck | 05/08/2006


