22/12/2005
Patrick Allemand nous donne son avis sur l'usage du web en politique
Premier entretien de notre rubrique Interview avec Patrick Allemand (PS), 1er Vice-Président du Conseil Régional PACA et Conseiller Général, qui a ouvert son blog il y a un mois et demi.
Usage de votre blog
Q1 : Patrick Allemand, vous avez ouvert votre blog il y a maintenant plus d'un mois. Quels sont les premiers enseignements que vous en tirez?
Un bilan positif. J’étais un peu parti dans l’inconnu mais avec un peu de recul, je ne le regrette pas. Je pense réellement que les blogs politiques comblent un manque. Il ne peut y avoir une telle réactivité et une telle interactivité sur un site internet classique. En fait, les deux outils sont très complémentaires. D’autre part, je pense que les gens ont une impression très superficielle, faussée par le prisme médiatique et institutionnel, de ce que leurs élus font. Du coup, c’est très rafraîchissant d’établir un contact direct et d’être libre de dire ce qu’on veut sans passer par un intermédiaire. Et personnellement, je dirais que prendre un peu de temps pour réfléchir et écrire sur mon action et les idées qui la guident me permet de prendre un peu de recul sur ce que je fais. La seule chose que je regrette c’est que les sujets de fond suscitent toujours beaucoup moins de réactions que les batailles de personne. Les seules fois où j’ai parlé des batailles du congrès du PS, le nombre de connexions et de commentaires ont explosé, alors que certains sujets importants à mes yeux n’ont suscité aucune réaction.
Q2 : Quels freins / difficultés voyez-vous à l'usage de votre blog à l'avenir?
Le manque de temps principalement. C’est véritablement une contrainte de bloquer un moment chaque jour pour choisir un sujet et mettre par écrit sa réflexion, même si ça apporte beaucoup par ailleurs. Je n’en vois aucune autre. L’inspiration n’est pas un problème car ma vie d’élu local est tellement variée que je ne suis jamais à cours de sujet. En même temps, cela ne fait qu’un mois et demi que j’ai commencé… Peut-être vais-je m’essouffler ?
Q3 : Comment gérez-vous la publication dans votre blog? (le faites-vous seul ou êtes vous aidé?)
Au début, je tâtonnais un peu car l’informatique et moi, ça fait vraiment deux. Mais en fait, un blog est excessivement simple d’utilisation. Il m’arrive encore de demander conseil en cas de bug, mais en général je m’en sors tout seul.
le Web en politique
Q4 : De manière plus générale, quels bénéfices pensez-vous que le monde politique puisse tirer de l'usage d'Internet?
Je ne sais pas s’il faut réfléchir en ces termes, mais il y a tout de même un bénéfice évident, c’est la gratuité d’un moyen de communication quasi-universel. Plus généralement, je crois que le principal attrait d’internet réside dans le contact direct qu’il permet. Il est très facile de répondre à un email, même lorsqu’on est un élu très occupé. Même chose pour les blogs ou les forums. Il y a une telle interactivité qu’ils peuvent vite devenir des espaces démocratiques que l’on ne trouve malheureusement plus beaucoup ailleurs. Je vois vraiment dans l’internet un moyen de redonner aux citoyens le goût de la politique et des débats, qui s’est un peu ringardisé. Et pour le monde politique, c’est un moyen de passer outre le prisme très réducteur des médias. C’est complémentaire. Celui qui ne se satisfait pas de ce dont la presse rend compte peut avoir une information plus complète et différente.
Q5 : Quel regard portez-vous sur l'utilisation du Web par le PS (à tous niveaux : du national à la section)
Je trouve le site du PS pas mal fait, même s’il pourrait être encore plus interactif. Au niveau local, honnêtement, je ne connais pas trop le paysage web. L’un des objectifs de mon mandat de 1er secrétaire fédéral est de doter la fédération des Alpes-Maritimes d’un site internet. Mais sans moyens conséquents, on est toujours dépendant de la bonne volonté de militants à qui on demande déjà beaucoup.
Q6 : L'UMP utilise depuis quelques mois des techniques de webmarketing jusqu'ici utilisées par le monde de l'entreprise (achats de mots clés sur Google, campagne d'e-mailing sauvage,...). Que pensez-vous de ces pratiques?
Je ne suis pas certain que ces techniques agressives soient très productives. C’est en tout cas le contraire de la philosophie démocratique dont je viens de parler. Mais je dois dire que c’était assez cocasse d’avoir une publicité de l’UMP sur mon blog quelques heures après avoir fait une chronique sur la politique de Sarkozy dans les banlieues. J’ai préféré en sourire en tout cas. Mais au moment de la crise des banlieues, ce type de provocations publicitaires était irresponsable.
Q7 : Pensez-vous que l'Internet jouera un rôle majeur dans la prochaine campagne présidentielle?
Je n’y crois pas trop. Les petits candidats pourront peut-être y trouver des ressources supplémentaires. Il pourra aussi y avoir ça et là des blogs et des sites novateurs. Mais pour le reste, je pense que le rituel médiatique traditionnel de la campagne présidentielle va encore une fois tout écraser. Pour l’instant, je ne vois rien émerger en tout cas. Et puis, à ce niveau, le contact direct est beaucoup plus difficile et dès lors, l’outil internet perd pas mal de son intérêt à mon sens.
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